Quelques indices sur l’œuvre de Lauren G. Camps


Il y a des artistes qui ont des thèmes de prédilection, que l’on retrouve, d’œuvres en œuvres. S’agissant de Lauren G. Camps, c’est celui du corps ; le corps, dans différents  états  et  postures ;  des plus  anecdotiques  au  plus  problématiques, telles  ces  extraordinaires  photographies  produites en bloc  opératoire,  soit  la série  “Nos  masses  de  chair  ambulantes”,  réalisée  entre  2016  et 2018 ; certainement l’œuvre la plus marquante de son parcours, montrant au plus près les  chairs ouvertes,  coupées,  opérées,  dans  une  photographie  (au  sens  aussi cinématographique) très esthétique et en même temps insoutenable, parce que crue.

Mais il ne faudrait pas prendre la notion de « corps » dans la seule acception physique ; elle est traversée par des questions liées à l’identité, à la différence sexuelle, au sang, à la mort, le mythe de la vie éternelle. On peut évoquer l’œuvre “Clonez-moi”,  2018,  soit  une  « installation  de  fioles contenant  des  éléments organiques  humains  possédant  chacun  l’ADN  d’un  même  sujet  et  mis à disposition  afin  d’être  clonés » ;  ou  bien  “Corps  sacré  sacré  corps”,  2019, troublante hybridation, dans tous les sens du terme, entre dessin et réelles images de parties corporelles, à vif, à l’abandon, hermaphrodites…

Chez  G.  Camps,  une  question  traverse  le  thème  du  corps ;  celle  de  la dispersion ;  ouvrant à des interrogations  sur  la  modification  des  identités  en rapport  avec  celles  pratiquées  sur  le corps  même :  Jusqu’où  l’identité  reste identique à ce qu’elle était quand on modifie profondément son aspect ? Et, à ce  titre,  il  n’est  pas  anodin  que  l’artiste  ait  fait  un  stage  chez  ORLAN, parangon international de la mutation esthétique du corps vivant, pour le meilleur ou le pire.

Depuis deux ans, G. Camps a opéré un tournant dans son travail, en ne tirant que  des  cyanotypes, rehaussés  souvent  à  la  feuille  d’or  (“Parcelling  out”, “Thigten”, 2022). L’artiste confie qu’elle ne peut plus s’en passer, de ce bleu outremer, si typique du cyanotype. Et c’est en visitant une exposition d’Yves Klein  que  Camps  s’est  rendue  compte  qu’il  y  avait  quelques  points  de convergence entre l’œuvre du judoka et le sien. Mais cette coïncidence artistique ne saurait empêcher de regarder d’un œil candide les œuvres de Camps ; et ce d’autant plus que la variété des sentiments et des sensations qu’elles provoquent ne peut être étrangère au fait que nous avons affaire ici au travail d’une femme-artiste.

préfacé par Léon Mychkine, critique d’art, membre de l’AICA

Some clues about the work of Lauren G. Camps

There are artists who have favorite themes, which we find, from works to works. Regarding Lauren G. Camps, it is that of the body; the body, in different states and postures; from the most anecdotal to the most problematic, such as these extraordinary photographs produced in the operating room, the series “Nos masses de flesh ambulantes”, produced between 2016 and 2018; certainly the most striking work of his career, showing up close the open, cut, operated flesh, in a photograph (also in the cinematographic sense) very aesthetic and at the same time unbearable, because raw.

But the notion of “body” should not be taken in the physical sense alone; it is traversed by questions related to identity, sexual difference, blood, death, the myth of eternal life. We can evoke the work “Clonez-moi”, 2018, an “installation of vials containing human organic elements, each possessing the DNA of the same subject and made available to be cloned”; or “Sacred Body, Sacred Body”, 2019, disturbing hybridization, in every sense of the word, between drawing and real images of body parts, raw, abandoned, hermaphroditic…

With G. Camps, a question runs through the theme of the body; that of dispersion; opening up to questions about the modification of identities in relation to those practiced on the body itself: To what extent does the identity remain identical to what it was when we profoundly modify its appearance? And, as such, it is not insignificant that the artist did an internship at ORLAN, an international paragon of the aesthetic mutation of the living body, for better or worse.

For two years, G. Camps has made a turning point in his work, by only printing cyanotypes, often enhanced with gold leaf (“Parcelling out”, “Thigten”, 2022). The artist confides that she can no longer do without this ultramarine blue, so typical of cyanotype. And it was while visiting an Yves Klein exhibition that Camps realized that there were some points of convergence between the judoka’s work and his own. But this artistic coincidence cannot prevent us from looking candidly at the works of Camps; and all the more so since the variety of feelings and sensations they provoke cannot be unrelated to the fact that we are dealing here with the work of a woman-artist.

prefaced by Léon Mychkine, art critic, member of the AICA

(google traduction)